La pittoresque taverne s animait.
Des curieux s étaient rassemblés aux fenêtres, les clients, modestes éleveurs ou cultivateurs de la région de Tir Na mBeo, étaient réputés friands d histoires aventureuses.
Le troubadour échangea un regard complice avec le tenancier alors que l hydromel commençait à couler à flot.
Puis il repritFondu enchaîné : Les Terres Enneigées midgardiennesLa nuit était glaciale, comme à son accoutumée.
Seules les étoiles brillantes et la lune apportaient un peu de réconfort à nos deux amis alors qu une légère brume commençait à se densifier.
Celebamon, finissant de tailler sa flèche sous la lumière de l astre lunaire, lança :
Celebamon : « Combien de feuilles de Lambas nous reste-t-il ô grand cuisinier ? »
Némau, étonné du ton humoristique inhabituel de son compagnon et devant l ironie de la situation, ne put laisser échapper un éclat de rire.
Némau : « Ceci est notre dernier pain » répondit-il en tendant la moitié de la maigre pitance.
Celebamon : « Parfait ! » un sourire sur les lèvres. Notre Elfe était d humeur joyeuse ce soir là.
« Il suffit ! Il est temps d inverser les rôles, je ne me sens guère à mon aise en gibier. Allons chasser du midgardien. Qu en penses-tu ? »
C était la première fois que l Elfe demandait l avis du jeune Lurikeen pour une décision importante.
Les deux compères ressentaient la présence ennemie désormais toute proche, c était une question d heures avant qu ils ne soient submergés par les troupes midgardiennes.
Némau : « Oh moi ! tant que j ai l estomac rempli, tout me convient » dit-il en regardant le peu qu il leur restait.
Les nouveaux amis échangèrent un regard complice et se mirent à rire.
Celebamon : « Et bien, finissons nos provisions ! Ce n est pas de faim que nous mourrons ce soir ! »
Les dernières réserves englouties, ils ne pouvaient plus faire marche arrière. Il leur fallait aller au devant de leur destin.
Nos deux compagnons s affairaient.
Némau prit le temps d enduire une nouvelle fois ses coutelas de diverses mixtures dont il avait le secret quant à Celebamon, il plaça un nouveau fourreau au milieu du dos, pris son carquois sur l épaule, et tenant l arc à la main, lança :
Celebamon : « Profitons-en pour avancer à couvert avec le brouillard qui se lève. »
Après quelques minutes de progression dans la dense forêt de résineux, nos compagnons se rendirent compte qu ils avaient fait le bon choix.
De faibles lueurs de feux de camps perçaient le brouillard aux alentours de leur position.
Profitant du manteau de brume opportun, ils purent passer au travers des premières mailles du piège ennemi.
L’Elfe avait vu juste, les derniers jours de traque avaient passablement diminué la vigilance des poursuivants, ce qui leur permit de se faufiler entre les premiers campements sans éveiller l attention des guetteurs.
Mais comme on dit : la roue tourne !! et la chance allait bientôt abandonner nos deux compagnons....
Alors qu ils étaient parvenus à déjouer le dispositif de l avant-garde, le brouillard perdit brusquement de sa densité avant de littéralement s évaporer.
Celebamon : « Ventre à terre ! » chuchota-t-il avant de se laisser tomber au sol.
Némau l imita.
Nos deux compères examinèrent leur position, pris entre l avant-garde et les lignes arrières des troupes de reconnaissance de Glenlock faste.
Fort heureusement, le campement devant eux ne semblait pas peuplé de midgardiens aguerris.
En effet ces derniers, las des derniers jours intensifs de traque et ayant toute leur confiance sur l élite de l avant-garde, étaient plutôt bruyants.
Celebamon : « Voici notre porte de sortie ! Allons voir de plus près et tâchons de progresser contre le vent »
Profitant de l épais couvert végétal, l Elfe et le Lurikeen rampèrent, en prenant soin des changements de direction du vent, jusqu aux abords de la petite clairière.
Autour du feu de camp, trois silhouettes étaient accroupies, une dernière ronflait bruyamment en retrait, une cruche de vin autour du bras.
Celebamon sortit plusieurs flèches de son carquois qu il planta devant lui dans la neige mais Némau lui prit le bras, et l air fasciné lui fit signe d examiner les midgardiens près du feu.
En effet, quel étrange spectacle !
Un vieux kobold, visiblement le leader du groupe, psalmodiait quelques incantations divinatoires devant le feu, à sa droite, un viking, lance à la main, buvait les paroles du vieillard en caressant négligea ment un loup dressé.
Tandis qu’à sa gauche, un autre kobold semblait illustrer les délires du vieux shaman en jonglant avec des boules lumineuses.
Némau : « Même à Tir na Nog, je n ai vu un tel acrobate ! c est merveilleux » chuchota-t-il
Celebamon acquiesça d un hochement de tête, dans sa longue vie, jamais il n avait vu une telle prouesse.
Le shaman jeta quelques poudres dans le feu qui prit soudain une teinte bleuté alors que l on cru voir dans la fumée se dessiner une tête d ours.
Subjugués par cette rencontre inhabituelle, nos héros n avaient pas senti le vent tourner....
Brusquement, le loup se dressa sur ses pattes avant de montrer les crocs, et se ruait déjà en direction de nos compagnons.
Celebamon : «En position ! Et pas de survivants ! » lança-t-il en s agenouillant et enchaînant les flèches préalablement plantées avec son arc.
Némau rampa au devant de son ami Elfe et se dressa dos contre un gros arbre.
Les ennemies arriveraient dans son dos et il avait face à lui son compagnon qui déjà avait tiré trois flèches à une rapidité déroutante.
Dans un claquement bref mais sec, les flèches s enchaînaient.
La première se figea dans l épais manteau neigeux alors que le loup continuait sa course folle, la seconde atteignit la bête féroce à la gorge qui s’écroula non loin de nos compagnons.
Le viking avait prestement réagit, agrippant sa lourde lance et se jetant à corps perdu derrière son fidèle animal.
Le shaman s était rapidement relevé, compte tenu du craquement lié à ses rhumatismes et commençait à agiter les bras en direction de la forêt.
Le jongleur, quant à lui, avait du mal à discerner d où provenait la source qui perturbait leur petite réunion.
Le quatrième, un nain, …continuait de cuver son vin.
Némau entendit des bruits de course, l ennemi approchait à grande vitesse ! Il attendait le signal de Celebamon.
La troisième flèche se figea dans la cuisse du shaman qui mit un genou à terre.
Celebamon banda son arc pour la quatrième fois,
quand il cria : « Maintenant, Némau ! »
Comme venant de nulle part, le viking qui se ruait en direction de l archer, perçut un mouvement fugace alors qu une douleur insoutenable le prit à l abdomen.
A terre, il porta ses mains à sa poitrine pour y trouver deux coutelas luisants fermement enfoncés.
La technique mortelle de nos deux amis furtifs venait de faire ses preuves !
Ses yeux se fermèrent à quelques pas de l Elfe qui venait de lâcher sa dernière flèche.
Celle-ci trouva l orbite du shaman qui ne put par conséquent finir son incantation….
Dégainant leurs armes, Celebamon et Némau se ruèrent dans la clairière.
Némau mit à mort sans aucune difficulté le nain ivre qui s éveillait péniblement par le vacarme du combat tandis que Celebamon fonçait sur le jongleur qui venait enfin de les localiser.
En un instant, la boule lumineuse du « jongleur » disparut et il y eut une explosion lumineuse derrière Némau.
Ce dernier se jeta à terre, effrayé, laissant l acrobate s enfuir du campement.
Lorsqu il se retourna, plus aucunes traces de Celebamon !
….à l emplacement de son ancien compagnon, il ne restait qu une armure de cuir vide et une dague elfique.
Une voix déformée par la douleur et croassante se faisait difficilement entendre :
« par Elbereth…que ? …..némau ? némau ? fais quelque chose…. !! »
Allongé, Némau discerna la petite chose qui émettait ces quelques jérémiades.
Une grenouille qui parle !!!
Némau : « Mais comment ? que … »
Grenouille : « Je t en supplie Némau, fais quelque chose ! »
Némau réfléchit quelques instants, perplexe devant cette situation pour le moins surprenante.
Némau : « Il nous faut trouver une Princesse , Celebamon » répondit de manière assurée le Lurikeen
Grenouille : « Par…….pardon ? expliques toi » balbutia l « elfe »
Némau : « cousin Tenrai m a souvent conté des histoires de princesses et de grenouilles. Un baiser d une princesse, peu importe la race je suppose, est le seul moyen de retrouver votre forme originelle ».
Un claquement métallique immédiatement suivi d un cri de douleur se fit entendre.
Le warlock venait de se briser la jambe dans un de leur nombreux pièges à ours disséminés autour du camp.
Quelques instant plus tard, l effet se dissipant , un Elfe nu comme un vers était allongé dans la neige, heureux de retrouver ses attributs elfiques.
Celebamon : « Un seul mot de tout cela et je te fais taire à jamais mon jeune ami Lurikeen » lança-t-il en se rhabillant.
Némau esquissa un sourire malicieux avant de se diriger vers le piège à ours pour une dernière mise à mort.
Nos compagnons étaient de nouveau libres………